PAOK vs ARIS : le derby de Thessalonique, une rivalité ancrée dans la société grecque
En Grèce, le football fait partie intégrante de la culture. À Thessalonique, deuxième plus grande ville du pays, deux clubs sportifs emblématiques, le PAOK et l’ARIS, opposent depuis plus d’un siècle des générations, des quartiers et des visions du monde. Plus qu’un simple match, ce derby est révélateur des fractures historiques, sociales et politiques de la ville.
Deux clubs de football, deux histoires fondatrices
Le PAOK, héritier des réfugiés de Constantinople
Fondé en 1926, le PAOK est intimement lié à l’histoire des réfugiés grecs chassés de Constantinople (Istanbul) à la suite de la guerre gréco-turque (1919-1922). Son nom complet, Panthessaloníkios Athlitikós Ómilos Konstantinoupolitón, se traduit en français par Association sportive panthessalonicienne des Constantinopolitains.
Le club devient un refuge identitaire pour ces populations déracinées, installées dans les quartiers populaires de Thessalonique. Cette culture de la résistance et de la reconstruction forge l’ADN du PAOK, encore visible aujourd’hui dans l’ambiance de la Toumba.
Sportivement, cette identité populaire s’est aussi traduite par des exploits marquants. Lors de la saison 2018-2019, le PAOK réalise un fait rarissime dans l’histoire du football grec : terminer champion en restant invaincu sur l’ensemble des 30 journées de Super League. Un parcours d’ »Invincibles » qui renforce le sentiment de fierté et de revanche historique porté par le club et ses supporters.
L’Aris, club historique et bourgeois de la ville
Fondé en 1914, l’ARIS Thessalonique est l’un des clubs les plus anciens de Grèce. Son nom, inspiré du dieu Arès, symbolise une filiation avec la Grèce antique et une identité nationale forte.
Historiquement associé à la bourgeoisie urbaine et aux classes plus favorisées, l’ARIS représente une Thessalonique plus institutionnelle et installée. Cette différence sociale entre un PAOK né de l’exil et un ARIS ancré dans « l’establishment urbain » constitue l’un des fondements majeurs de la rivalité.
Gate 4 : ferveur populaire et identité contrastée
La Gate 4, principal groupe de supporters du PAOK, est réputée pour son ambiance intense et son engagement. Elle revendique historiquement des positions antifascistes et antinazies, en lien avec l’histoire des réfugiés et une mémoire collective marquée par la persécution et l’exil.
Cependant, cette identité n’est pas homogène. Plusieurs franges cohabitent, notamment des sensibilités plus nationalistes notamment liées à la question macédonienne. Cette complexité fait de la Gate 4 un groupe puissant, mais traversé par des contradictions (source : L’Arena).
Super 3 : l’antifascisme comme ligne directrice
Du côté de l’ARIS, le groupe Super 3 se distingue par une ligne clairement antifasciste, régulièrement affichée dans les tribunes du stade Kléantis-Vikelídis.
Très engagé politiquement, le groupe Super 3 inscrit son supportérisme dans une logique militante, opposée aux idéologies d’extrême droite, faisant du stade un espace d’expression sociale autant que sportive.
Un derby sous tension, entre passion et tragédie
Une rivalité exacerbée par la proximité et l’histoire
À Thessalonique, le derby PAOK–Aris est omniprésent. Les stades de la Toumba et du Kléantis-Vikelídis, séparés de seulement 1,9 kilomètre, cristallisent une rivalité de quartiers et une opposition sociale qui nourrissent une tension permanente autour de chaque confrontation.
Chaque match dépasse alors le cadre sportif pour devenir un enjeu profondément symbolique, où l’histoire des clubs, la fierté locale et l’identité collective comptent autant que le résultat sur le terrain.
Le meurtre d’Alkis Kampanos, une blessure encore ouverte
La rivalité entre le PAOK et l’ARIS a parfois dépassé le cadre sportif. Le 1er février 2022, Alkis Kampanos, 19 ans et supporter de l’Aris, est mortellement agressé à Thessalonique par un groupe d’individus se revendiquant du PAOK. Pris à partie dans la rue et interrogé sur le club qu’il soutenait, il est attaqué après avoir répondu « Aris ».
L’agression a lieu à proximité du stade Kléantis-Vikelídis, et choque profondément la Grèce, devenant l’un des symboles les plus tragiques des dérives de la violence liée au supportérisme (source : SoFoot).