Dinamo Zagreb vs Hajduk Split : le derby éternel de la Croatie

Entre Zagreb et Split, le football n’est jamais qu’un jeu. Dinamo et Hajduk s’affrontent depuis plus d’un siècle dans un duel de villes, de passions et d’identités. Rivalité historique, groupes ultras, scandales et trêves inattendues : le derby éternel croate raconte un pays à travers son ballon.

Deux clubs de football, deux âmes de la Croatie

Zagreb contre Split, deux visions du pays

En Croatie, il n’existe pas de match plus électrique que le « derby éternel ». Ce duel oppose deux villes, deux mentalités et deux histoires.
D’un côté, le Dinamo Zagreb, fondé en 1945 sur les cendres de plusieurs clubs historiques de la capitale, dont le mythique Građanski Zagreb,  dissous par le nouveau régime communiste. Le Dinamo devient alors le club du pouvoir central, symbole de la reconstruction yougoslave et de la fierté de la capitale. 
De l’autre, le Hajduk Split, né en 1911 incarne la Dalmatie libre et populaire. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le club refusa de se soumettre à l’occupant fasciste et rejoignit les partisans de Tito, renforçant son image de club du peuple et de la résistance (source : Footballski). 

Le choc de deux identités croates

Après l’indépendance croate dans les années 1990, cette opposition a pris une portée presque politique. Zagreb représente la réussite, la centralisation, le pouvoir économique. Split, la passion, la fierté régionale, et le sentiment d’abandon par la capitale.
Chaque affrontement dépasse le cadre du sport : c’est un duel d’identités, un combat symbolique entre deux manières de vivre la Croatie.

Bad Blue Boys et Torcida : entre haine et respect

Des ultras forgés par la passion

Les tribunes du Maksimir à Zagreb et du Poljud à Split abritent deux groupes mythiques :

  • Les Bad Blue Boys (BBB), nés en 1986, tirent leur nom du film américain Bad Boys sorti cette même année. Ce choix reflète parfaitement leur esprit : rebelle, indépendant, provocateur. Nationalistes et farouchement opposés à la corruption du football croate, ils se considèrent comme les gardiens de l’identité du Dinamo.

  • En face, la Torcida Split, fondée en 1950 est le plus vieux groupe ultra en Europe. Fiers, bruyants, solidaires, ils portent haut les couleurs blanches et bleues de la Dalmatie. Un groupe grâce auquel on a le privilège de toujours pouvoir regarder Hajduk Split sous son vrai nom. En 2012, alors que le club aurait dû faire faillite parce que Željko Kerum, le maire de Split, refusait de lui accorder un crédit, plus de 2000 membres de la Torcida ont fait pression pour sauver le club. Depuis, les finances se portent beaucoup mieux, et le club continue d’exister grâce à leur mobilisation (Footballski)

Une rivalité viscérale entre Zagreb et Split

Les affrontements entre les BBB et la Torcida sont légendaires. Des rues en flammes aux stades sous tension, leurs batailles ont rythmé le football croate pendant des décennies. Ce derby reste l’un des plus explosifs du continent, un rendez-vous où la passion frôle souvent la violence. En mai 2025, un nouvel épisode a illustré cette intensité : dans le quartier de Pujanke, plus de 160 supporters ont été arrêtés après une violente bagarre survenue peu avant le match Hajduk–Dinamo (L’Equipe). 

L’affaire Mamić : quand la corruption a uni les ennemis

L’empire Mamić sur le Dinamo Zagreb

Pendant plus d’une décennie, Zdravko Mamić a dirigé le Dinamo Zagreb comme une entreprise privée. Personnage aussi charismatique que sulfureux, il a fait du Dinamo une machine à succès, remportant la quasi-totalité des championnats et formant une génération dorée : Modrić, Mandžukić, Brozović, Kovačić…
Mais derrière les trophées se cachait un système corrompu : transferts douteux, détournements de fonds et influence démesurée sur la Fédération croate. En 2018, Mamić est condamné à de la prison pour fraude et s’enfuit en Bosnie, laissant derrière lui un football croate fracturé (BBC).

Le jour où la Torcida et les Bad Blue Boys ont marché ensemble

En 2014, alors que Mamić bannissait les Bad Blue Boys du stade Maksimir pour étouffer la contestation, les supporters du Hajduk ont pris position. Avant le coup d’envoi, les groupes de supporters des deux clubs la Torcida et les Bad Blue Boys ont formé un cortège pour se rendre au stade afin de protester contre les mesures prises à l’encontre des fans croates. Des chants contestataires ont résonné contre la Fédération croate de football (HNS), mais aussi contre Zdravko Mamić, président du Dinamo et en conflit direct avec les BBB (source : lagrinta).