Thessalonique, entre histoire, soleil et ferveur : immersion au cœur du derby Aris-PAOK
Cela faisait longtemps que ce derby figurait en haut de ma liste. Thessalonique, Aris contre PAOK, un affrontement chargé d’histoire et de passion, dont les images vues au fil des années promettaient une ambiance hors norme. Début février, l’occasion était enfin là : proposer un voyage de groupe pour vivre ce rendez-vous brûlant sur place.
Nous étions cinq voyageurs. Un petit groupe, à taille humaine, avec une configuration idéale : un novice, qui découvrait pour la première fois nos voyages, et trois habitués, déjà partis avec moi en Argentine, mais à des périodes différentes. Très vite, les échanges ont fusé, les souvenirs se sont entrecroisés, les anecdotes de Buenos Aires ont refait surface. Ce brassage d’expériences a donné une saveur particulière au séjour, renforçant ce sentiment de communauté qui se crée souvent dans ce type d’aventure.
Lumière hivernale et douceur méditerranéenne
Dès notre arrivée, Thessalonique nous a accueillis sous un grand soleil. En plein cœur de l’hiver, début février, cette luminosité était un vrai luxe. Ville de bord de mer, la deuxième métropole grecque se prête merveilleusement bien à la flânerie. Le samedi et le dimanche, nous avons pleinement profité de cette douceur pour parcourir la ville, entre balades, visites et pauses gourmandes.
Thessalonique nous est rapidement apparue comme une ville agréable à vivre, animée, jeune, où l’on mange bien et où les rues restent vivantes jusque tard dans la soirée. Sans parler de véritable vie nocturne, l’atmosphère est chaleureuse : terrasses pleines, rires, verres partagés, une véritable énergie communicative.
Thessalonique, carrefour d’histoires et de civilisations
Une ville façonnée par les empires et les cultures
Située au nord de la Grèce, Thessalonique occupe depuis toujours une position stratégique. Ouverte sur la Méditerranée, tournée vers les Balkans et l’Orient, elle fut longtemps un carrefour commercial majeur. Pendant plusieurs siècles sous domination ottomane, la ville a vu cohabiter différentes communautés : Grecs, Juifs, Turcs notamment, formant une mosaïque culturelle unique.
Ce n’est qu’en 1912 que Thessalonique est officiellement rattachée à la Grèce. Quelques années plus tard, en 1917, un immense incendie ravage une grande partie de la ville. Sa reconstruction marque profondément son visage actuel, avec un urbanisme plus moderne, particulièrement visible sur le front de mer.
Entre vestiges antiques et panoramas urbains
Durant le week-end, nous avons multiplié les découvertes. La balade le long du front de mer, du port jusqu’à la Tour Blanche, offre une respiration permanente, entre horizon marin et animation urbaine. Plus loin, la Rotonde et l’Arc de Galère rappellent l’héritage romain, tandis que la ville haute, Ano Poli, dévoile un tout autre visage.
Là-haut, l’Heptapyrgion, ancienne forteresse dominant Thessalonique, et les remparts offrent un panorama saisissant sur toute la baie. Ce contraste permanent entre histoire antique, héritage ottoman et modernité confère à la ville une identité singulière, qui se découvre à pied, au fil des ruelles et des escaliers.
Aris vs PAOK : entre ferveur, frustration et street art
Une ambiance à l’ancienne, un scénario frustrant
Le derby, nous l’attendions tous. Impatiemment. L’avant-match commence tôt : arrivés près du stade plus de deux heures avant le coup d’envoi, nous prenons le temps d’en faire le tour avant de nous installer dans un bar. Là, nous rencontrons J-P, un français, habitué des tribunes de l’Aris, qui partage avec nous son histoire, ses souvenirs et les raisons de son attachement au club. Un moment d’échange simple et sincère, qui donne déjà une autre dimension à l’événement.
Dans le stade Kleánthis-Vikelídis, l’ambiance tranche avec le football ultra-modernisé que l’on connaît souvent. Ici, pas de mégaphones, pas de sono, pas de tambours. Un seul capo, lançant les chants à la voix, dans une tribune restée fidèle aux codes anciens du supportérisme. Une atmosphère brute, authentique, parfois irrégulière, mais terriblement vraie.
Sur le terrain, en revanche, le spectacle tarde à venir. Le match est fermé, pauvre en occasions, et se solde par un triste 0-0. Il faut attendre les toutes dernières minutes pour sentir le stade s’enflammer et deviner le potentiel extraordinaire de cette enceinte. Une frustration immense : dans un contexte sportif plus favorable, l’ambiance aurait sans doute été exceptionnelle.
Le PAOK, son stade et ses murs qui parlent
La veille du match, nous avions déjà pris la direction du stade Toumba, antre du PAOK. Un lieu chargé d’âme, à l’esthétique brute, qui rappelle d’autres stades mythiques du football grec. Très vite, un élément nous marque : la profusion de graffs et de fresques autour de l’enceinte. Un street art omniprésent, qui raconte l’histoire du club, les combats des supporters, les messages politiques ou identitaires, les hommages.
Parmi eux, un mémorial bouleversant, dédié aux supporters décédés lors de l’accident de la route survenu à l’occasion du match européen entre l’Olympique Lyonnais et le PAOK. Le silence s’impose. L’émotion est forte. Ces murs, bien plus que de simples décorations, deviennent des supports de mémoire collective.
À la sortie, une évidence s’impose : ce derby mérite d’être vécu des deux côtés. L’Aris cette fois, le PAOK la prochaine. Pour saisir toutes les nuances de cette rivalité unique, entre passion, identité et héritage populaire.