Mon voyage à Sarajevo : entre cicatrices de l’Histoire, football et ferveur populaire

Aller à Sarajevo pour un derby, c’est accepter que le football ne soit jamais qu’un point de départ. Derrière l’affiche FK Sarajevo vs Željezničar, il y a une ville marquée par l’Histoire, des cicatrices encore visibles et une identité forte, façonnée par la guerre, la diversité culturelle et une ferveur populaire unique. Le temps d’un weekend, entre tribunes, montagnes et mémoire collective, Sarajevo s’est révélée bien au-delà du terrain.

Sarajevo, une capitale à part

Une ville aux mille visages

Avant d’y mettre les pieds, tous les retours que j’avais lus sur Sarajevo évoquaient la même chose : une ville profondément multi-ethnique, marquée par plusieurs influences architecturales : ottomane, austro-hongroise, yougoslave… Sur place, ce mélange saute immédiatement aux yeux. Sarajevo m’a donné l’impression d’un croisement improbable entre Vienne, Belgrade et les Balkans plus orientaux. Contrairement à d’autres capitales européennes, il n’y a pas ici de centre ultra-moderne flamboyant. Quelques bâtiments récents existent bien sûr, mais rien qui écrase l’identité de la ville. Sarajevo est restée dans son jus, fidèle à ses racines, et c’est précisément ce qui m’a séduit.

Parmi les visites marquantes, le mont Trebević domine largement la ville. Ancien site des Jeux olympiques d’hiver de 1984, on y traverse encore les anciennes pistes de bobsleigh, aujourd’hui abandonnées. Mais ce sont surtout les points de vue sur Sarajevo qui frappent : une ville encerclée par les montagnes, belle et vulnérable à la fois.

Dans le centre historique de Baščaršija, l’atmosphère change encore. Mosquées, cathédrales, synagogue, fontaine emblématique, bastion jaune, hôtel de ville abritant la bibliothèque nationale, pont Latin… La densité culturelle est impressionnante. C’est cette diversité, concentrée sur un périmètre réduit, qui rend un week-end à Sarajevo particulièrement riche.

Une gastronomie généreuse et accessible

Impossible de parler de Sarajevo sans évoquer sa gastronomie, fidèle à l’esprit des Balkans : simple, généreuse et tournée vers la viande. Une cuisine qui me parle particulièrement.

Le plat incontournable reste le Ćevapi : de petits rouleaux de viande hachée grillée, servis dans un pain proche du pain kebab. Si ceux que nous avons goûtés manquaient légèrement d’assaisonnement et d’accompagnement, cela reste un passage obligé lors d’un séjour sur place.

À cela s’ajoutent les burek, les soupes copieuses à base de viande et de vermicelles, et une cuisine réconfortante, surtout en période hivernale. Autre point fort : le coût de la vie, très abordable. Manger au restaurant à Sarajevo permet de se faire plaisir sans trop calculer, ce qui participe pleinement à l’expérience du voyage.

Je veux y aller

Sarajevo, vivre avec l’héritage de la guerre

Le musée du génocide, un passage nécessaire

Visiter Sarajevo c’est inévitablement se confronter à l’un des chapitres les plus sombres de son histoire : la guerre des années 1990 et le siège de Sarajevo, l’un des plus longs de l’histoire moderne.

La visite du musée du génocide et des crimes contre l’humanité est un moment difficile mais essentiel. Les images sont brutes, violentes parfois : vidéos d’archives, photographies, témoignages. On y découvre la réalité du quotidien sous les bombardements, la peur permanente, la tristement célèbre Sniper Alley, et surtout le lourd tribut payé par la population civile, y compris de très nombreux enfants.

Ce musée permet de remettre les choses en perspective, de comprendre ce que la ville et ses habitants ont traversé, sans filtre ni mise en scène.

Une guerre encore visible dans l’espace urbain

Ce qui m’a le plus marqué, c’est que la guerre n’est pas seulement racontée dans les musées : elle est encore visible partout dans la ville. Trente ans à peine après les faits, de nombreux bâtiments portent toujours les impacts de balles et d’obus.

Que l’on se trouve sur le mont Trebević, dans le centre-ville ou aux abords du stade de Željezničar, ces traces sont omniprésentes. Je m’attendais à en voir, mais pas à ce point-là. Elles rappellent constamment ce que la population a vécu et donnent une profondeur particulière à chaque déplacement.

Sarajevo ne cherche pas à masquer son passé. Elle vit avec, et c’est aussi ce qui la rend si singulière.

Le derby de Sarajevo, entre passion et frustration

Un derby intense, malgré l’absence des visiteurs

Sportivement, le point d’orgue du week-end restait le derby de Sarajevo. Et sur le terrain, le scénario a été idéal : victoire nette du FK Sarajevo 4-0. De quoi enflammer le virage des ultras et assurer une ambiance très chaude.

Mais ce derby avait une particularité majeure : l’absence des supporters de Željezničar, qui ont décidé de boycotter la rencontre à 48 heures du coup d’envoi. Forcément, un derby sans supporters adverses perd en saveur. Sans cette large victoire, l’atmosphère aurait pu sembler fade.

Le stade, qui dépasse les 35 000 places, n’était pas plein. Mais un stade plein n’est pas toujours synonyme de grande ambiance. Ici, il y a eu des animations en début de match, beaucoup de pyrotechnie, et une vraie communion entre joueurs et supporters après les buts. L’emplacement du stade, légèrement excentré et dominant la ville, ajoute aussi quelque chose de particulier à l’expérience.

Je veux voir le match retour

Željezničar, immersion dans un stade chargé d’âme

Comprendre un derby passe aussi par la découverte des lieux qui le façonnent. Si le FK Sarajevo a été découvert en mode match, le stade de Željezničar s’est offert à nous de manière totalement imprévue.

Une porte ouverte, un premier voyageur qui s’engouffre, puis nous derrière. Résultat : une visite improvisée en bord de terrain. Le stade est en rénovation dans l’un des virages, mais son implantation dans le quartier est saisissante. Ici, on comprend immédiatement où l’on est.

Comme au Panathinaïkos, le club fait corps avec son environnement : street art omniprésent, grandes barres d’immeubles, atmosphère populaire et brute. Cette immersion m’a donné une seule envie : revenir assister au derby retour, cette fois du côté de Željezničar. Si ce n’est pas cette saison, ce sera la suivante !

Nous avons d’ailleurs croisé des supporters du club, qui nous ont expliqué les raisons du boycott : hausse soudaine des prix des places et quotas de billets visiteurs revus à la baisse par le FK Sarajevo. Des tensions qui illustrent, une fois de plus, à quel point le football reste un miroir fidèle des réalités locales.