Clasico del Sur : immersion à Lanús pour l’un des derbies les plus bouillants d’Argentine
Dans le sud de Buenos Aires, le Clasico del Sur entre Lanús et Banfield incarne toute la folie du football argentin. Entre barra brava, tifos, chants assourdissants et explosion à la 89e minute, immersion dans un derby aussi méconnu qu’inoubliable.
Vivre un Clasico del Sur à Lanús : une expérience football unique en Argentine
Lanús vs Banfield : un derby historique au cœur du sud de Buenos Aires
Quand on parle de football argentin, les regards se tournent souvent vers Boca Juniors, River Plate ou le clasico de Rosario. Pourtant, à seulement 45 minutes du centre de Buenos Aires, un autre derby fait vibrer les supporters : le Clasico del Sur entre le Club Atlético Lanús et Banfield.
Les deux clubs sont situés dans la périphérie sud de la capitale argentine, à moins de quatre kilomètres l’un de l’autre. Une proximité qui nourrit depuis des décennies une rivalité intense et populaire qui n’en était pas une à ses prémices. D’un côté, Lanús et son mythique maillot grenat, qui lui vaut le surnom d’El Granate. De l’autre, Banfield, reconnaissable à ses couleurs vert et blanc et surnommé El Taladro, « la perceuse », en référence à un ancien outil industriel utilisé pour perforer les murs.
Banfield possède également la particularité d’avoir accueilli très jeunes quelques pépites. Deux figures majeures de l’Albiceleste y ont été formé : Javier Zanetti (aussi en partie dans le club de Talleres de Remedios de Escalada) et Nicolás Tagliafico. James Rodriguez y a également brillé à ses 18 ans en provenance de Colombie avant de rallier le FC Porto. Lanús, de son côté, représente toute une identité populaire du sud de Buenos Aires. Le club évolue dans une zone intimement liée à l’histoire de Diego Maradona, qui a grandi à Villa Fiorito, à quelques kilomètres seulement du stade.
Le Clasico del Sur, c’est donc bien plus qu’un simple match : c’est un affrontement de quartier, d’identité et de culture populaire.
Une ambiance de quartier authentique avant le match
Un lundi soir à 19h, horaire assez inhabituel pour des Européens, la ville était déjà plongée dans l’effervescence plusieurs heures avant le coup d’envoi. Malgré ce créneau particulier, les supporters de Lanús avaient répondu présents en masse.
Comme souvent en Argentine, aucun supporter visiteur n’était autorisé pour des raisons de sécurité. Une particularité du football argentin qui renforce encore davantage l’atmosphère locale autour des stades. Notre groupe avait rendez-vous sur une place située à proximité de l’Estadio Ciudad de Lanús, véritable point névralgique de la previa, l’avant-match à l’argentine. À deux heures du match, l’endroit débordait déjà de vie. Des familles, des groupes d’amis, des vendeurs ambulants de maillots, de drapeaux et de bobs grenat occupaient les rues.
L’un des détails les plus marquants restait ces supporters déguisés en fantômes vêtus de grandes blouses blanches avec un « B » vert. Une moquerie adressée à Banfield et à son passé en deuxième division. Ce type de folklore fait partie intégrante de la culture tribune en Argentine.
Autour du stade, le décor est brut et authentique. Entre maisons basses, street art à la gloire du club et checkpoints de sécurité, l’ambiance avait un côté underground pas si habituel pour un match argentin. Même une voiture totalement abandonnée à côté des militaires semblait participer au décor.
Et pourtant, malgré la réputation parfois compliquée du quartier, aucun sentiment d’insécurité ne s’est fait ressentir. Seulement cette excitation grandissante avant un grand derby.
Dans la popular de Lanús : immersion totale au coeur des tribunes argentines
La barra brava, les tirantes et la folie visuelle de Lanús
Pour ce Clasico del Sur, le choix avait été fait d’aller en popular, la tribune debout la plus chaude du stade. Une décision inhabituelle de ma part, mais judicieuse pour vivre pleinement l’expérience Lanús. La configuration du stade permettant d’avoir une vue idéale sur l’ambiance depuis l’extrémité du virage. Et dès notre entrée dans l’enceinte, le spectacle avait déjà commencé.
La barra brava de Lanús faisait son entrée sous une explosion de chants et de percussions. En Argentine, les barras représentent le noyau organisé du supportérisme : tambours, trompettes, parapluies géants, drapeaux et chants incessants donnent immédiatement le ton. Le vacarme était impressionnant. Les supporters sautaient en rythme tandis que les immenses tirantes, ces longues bandes verticales emblématiques des tribunes argentines, recouvraient une partie du virage. Traverser ces bâches pour rejoindre nos places donnait presque l’impression d’entrer dans un autre monde.
Ce qui rend cette ambiance encore plus marquante, c’est qu’elle surprend totalement. Lanús et Banfield ne font pas partie des clubs les plus médiatisés d’Europeet même d’Argentine. Beaucoup de voyageurs arrivent donc sans attente précise… avant de prendre une véritable claque émotionnelle dès les premières minutes pour ce derby.
Trois tifos et un stade en fusion pour un final totalement fou
L’Estadio Ciudad de Lanús affichait quasiment complet pour l’occasion. Avec ses 45 000 places, l’enceinte vibrait déjà fortement avant même le coup d’envoi. Mais la véritable surprise est arrivée lors des animations d’avant-match. En Argentine, les clubs utilisent surtout d’immenses voiles dans les tribunes. Les tifos élaborés restent relativement rares. Pourtant, pour ce Clasico del Sur, Lanús avait vu les choses en grand avec non pas un, mais trois tifos différents déployés avant le match. Une immense voile, un tifo sur poulies et une autre animation visuelle ont transformé le stade en véritable volcan grenat.
Sur le terrain, la rencontre restait tendue et fermée. L’ambiance suivait le même rythme : des moments d’explosion sonore alternaient avec des phases plus calmes, comme si les tribunes vivaient le match en miroir.
Puis est arrivée cette 89e minute. Lanús marque. Et là, le stade explose littéralement. Des milliers de supporters se ruent contre les grilles. Les chants deviennent assourdissants. La puissance sonore semble multipliée instantanément. Impossible de s’entendre parler. C’était l’un de ces moments où le football dépasse complètement le cadre du sport.
On vit les minutes qui suivent le coup de sifflet final dans l’euphorie la plus totale, encore sous le choc de ce qu’on a vécu. On sait que c’est notre dernier match du séjour en Argentine et cette ultime soirée nous a offert (encore une fois) un moment unique qu’on ne soupçonnait pas vivre lors de ce clasico del sur.